Avant j’étais aide soignante

Je vais vous parler d’un métier, que j’ai exercé environ 8 ans et qui m’a usé,physiquement et moralement.

2002, je passe le concours pour devenir aide-soignante, je suis 3 ème sur liste d’attente et je suis finalement prise.

J’arrive à trouver une nounou pour ma fille de presque 3 ans et en février je commence l’école.

Je ne connaissais pas du tout le boulot, je pensais que l’aide soignante aidait l’infirmière aux soins sans penser qu’il y avait la toilette,les changes….

Je me rappelle de mon premier stage ou l’on m’a confié un papy qui revenait d’une coloscopie qui n’avait pu être faite et qui baignait le pauvre dans ses excréments, je me souviens de leur regards désapprobateurs devant ma panique.C’était mon premier jour de stage dans un métier que je ne connaissais pas et je n’avais jamais été ASH, ce qui pour le coup aurait pu m’aider.(car dans pas mal d’endroit, il y a dépassement de fonction)

Je me souviens du nombre de toilettes faites en une matinée, tout en sachant que celle que j’accompagnais en aurait plus une fois mon stage fini.

Beaucoup de nos stages se sont fait(se font) en gériatrie et j’ai détesté ça, pas les personnes âgées. Non, la manière dont on nous fait travailler, toujours plus avec moins.

En 2003, j’ai eut mon diplôme et j’ai été embauché dans une maison de retraite, l’année ou j’étais à l’école, on était  passé au 35h….pour soi disant créer de l’emploi…Résultat,j’ai plus souvent fait 42 h que 35 et les rtt,vu qu’on avait un contrat modulation, je ne les ai jamais vu.

Donc 4 aide soignantes, une infirmière pour 80 personnes qui ne sont plus pour les 3/4 autonomes, environ 10 toilettes par personnes à faire en 4h en sachant que dans l’idéal une toilette doit durée entre 20 et 30 minutes mais ça c’est dans la théorie car en pratique, c’est infaisable.Vous ajoutez le temps d’utilisation du lève-malade, le fait que votre collègue doit venir vous aider et vice versa, répondre aux sonnettes, donner le petit déjeuner à ceux qui ont besoin car l’ash elle est toute seule à votre étage et qu’elle a son boulot a faire.Bah vous pleurer,pleurer de rage et frustration car les premiers qui en pâtissent ce sont les patients.

Le soir quand je rentrais, je re-comptais les personnes que j’avais faites, si je les avait bien changé , couché car le soir nous n’étions plus que 2 aide soignantes. J’en cauchemardais la nuit.

Puis faut dire que certaine collègue ont la critique facile, du coup ça aide pas.

Je suis resté un an dans cette maison  puis j’ai démissionné, dégoûté par la manière dont je bossais, être plus rapide, ne pas prendre le temps d’expliquer, voir bâcler son boulot, je trouvais ça infâme.

Et entendre la même chanson:on a pas le budget,on a pas les accords….

Du coup après la canicule, ou l’on a couru tout l’été pour pas que nos patients se déshydrate, former des premières années de médecine qui remplaçaient nos collègues, accepter des remplacements sur nos repos, je suis partie.

J’ai fait pas mal d’interim, en clinique essentiellement et pendant les périodes creuses, des cdd en maison de retraites.

Et partout ou j’allais, c’était pareil voir parfois pire.

Je me souviens des jours ou nous attendions les commandes de couches ou l’on se demandait comment on allait faire, je me souviens des lingères débordé car souvent à mi-temps.Les fois ou nous les avancions en lançant des machines,si on avait le temps.

Je me rappelle aussi de la sensation de déchirure, le matin ou j’ai relevé un patient seul car ma collègue n’avait pas été remplacé et que nous ne le savions pas(Nous savions qu’elle avait posé ses congés mais nous ignorions totalement que la direction avait rien prévu), je me souviens du liquide coulant dans la jambe mais j’ai pris sur moi pour la matinée, j’ai vu le médecin en sortant.Accident du travail ,déchirure musculaire et double tendinite au niveau des jambes.

Pour pas mettre mes collègues dans la mouise,j’ai fini ma journée et quand le muscle s’est refroidit, j’ai souffert le martyr.

Ce boulot m’a abîmé physiquement et moralement, ma jambe a mis plus de 2 ans à se remettre, la médecine du travail m’a donc mis en incapacité à mon poste.

Et j’avoue, ça m’a soulagé. Je n’en pouvais plus de cette façon de bosser, d’être comme une machine,

Pendant mon arrêt,j’ai fait un DAEU que j’ai eut, je me suis inscrite à la fac puis j’ai eut Poulpy.

Donc je ne regrette absolument pas mon ancien métier car mon nouveau « boulot » est plus gratifiant.

8 réflexions sur “Avant j’étais aide soignante

  1. Malheureusement ce que tu racontes est monnaie courante dans ce genre de secteur. Les gens pourtant motivés au départ finissent par craquer et c’est normal. Comme dans beaucoup de domaines on attend que des vraies décisions soient prises mais elles ne viennent jamais 😦
    J’ai connu ça dans un autre secteur, j’ai tenu 7 ans. J’en parlerais sûrement un jour parce que c’est un boulot que j’adorais mais j’ai été dégoûtée.
    Je te comprends 🙂 Bises ❤

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  2. En ayant bosser en secteur Alzheimer, j’attendis beaucoup du plan Alzheimer mais hélas pas grand chose à changer.Sur mon vécu et désillusion,j’aurai pu en raconter plus et je parle même pas de la maltraitance, de ce que j’ai vu et ce à quoi j’ai aussi hélas contribué, un jour surement,j’en parlerai soit en témoignage,soit sous forme de nouvelle.

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  3. Je savais que ce métier était très dur, car j’ai connu des personnes faisant ça, mais plus à domicile. Par contre, je suis choquée de la manière dont vous avez du bossé… et personne n’agit pour palier à ça…

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    1. Hélas non, on a beau le signaler, se plaindre, on a toujours le même retour: pas de budget, la DASS ne nous accorde qu’un poste en plus…Je me souviens du plan alzeihmer proposé par Sarko, j’y croyais…et j’ai pas vue de changement.

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  4. Bonjour,
    J’ai exercé la profession en Belgique.
    C’est pareil, sauf que j’étais à domicile.
    Un jour, un faux mouvement.
    J’avais 40 ans. J’ai fait un débord discal, sur une colonne que j’ignorais en mauvais état.
    10 ans plus tard j’étais en fauteuil roulant.
    On prends vraiment les AS pour des machines.
    Envoyées à domicile, seules pour manipuler des pathologies lourdes avec des patients souvent lourds.
    Je me rappelle d’une dame, une bonne 100 de kg, paraplégique chez qui il fallait aller 2 fois par jour.
    Le matin, la laver et la mettre dans son fauteuil.
    Le soir, la laver et la mettre au lit.
    Pas de matériel, un mari septuagénaire qui voulant aider était plus dans les pieds que rien.
    Le seul matériel d’aide dont nous disposions était un perroquet et une gros bloc de bois. Nous devions mettre les pieds de la dame sur le bloc et la lever. La hauteur de ce bloc était la différence sol/ plante des pieds quand elle était assise dans son lit.
    Pour le reste, fallait se démerder.
    J’admire les AS ou ASH qui tiennent le coup.
    Si à domicile, nous sommes souvent estimées, il nous manque cruellement le matos.
    En milieu hospitalier, souvent il y a le matériel mais pas l’estime.
    Pourtant quel beau métier !

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    1. Je suis bien d’accord, surtout que le matériel est à la charge de la famille qui peine à payer les soins et le peu de matériels.On se ren pas compte mais un fauteuil adapté, le lève malade ça coute un rein et sans ça on à du mal à bosser sans s’abimer

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